Sabah bougataya,l’ambition d’une avocate franco-marocaine entre dignité et racines

سلطانة سلطانة
سلطانة سلطانة
10 septembre 2026
Sabah bougataya,l’ambition d’une avocate franco-marocaine entre dignité et racines

Sabah Bougataya, l’ambition d’une avocate franco-marocaine entre dignité et racines

Il y a des héritages qui ne figurent sur aucun diplôme.

Celui de Sabah Bougataya tient en quelques mots : la famille, le travail et, par-dessus tout, la dignité.

Née et élevée en France dans une famille originaire de l’Oriental marocain, la jeune avocate a grandi avec cette identité marocaine profondément ancrée en elle. Non pas comme une origine que l’on mentionne au détour d’une biographie, mais comme une manière d’avoir été élevée, de regarder les autres et, aujourd’hui encore, d’exercer son métier.

Avocate inscrite au Barreau du Val-d’Oise, Sabah Bougataya n’a pas encore trente ans. Elle sait qu’elle n’en est qu’au commencement. Mais derrière les premières années d’une carrière qu’elle construit avec ambition se trouve une histoire familiale qui explique sans doute beaucoup de ses choix.

Sabah est l’aînée de sa fratrie.

Un simple ordre de naissance en apparence. Dans certaines familles, il signifie pourtant beaucoup plus.

Être l’aînée, c’est grandir un peu plus vite. C’est observer, comprendre, expliquer. C’est parfois devenir le trait d’union entre ses parents et un monde dont ils ne maîtrisent pas toujours les codes. C’est apprendre très jeune à chercher une solution avant même de penser à demander de l’aide.

Ses parents n’ont jamais eu accès à l’école.

Elle, des années plus tard, deviendra avocate.

Entre ces deux réalités, elle ne voit ni rupture ni revanche sociale. Elle y voit surtout une continuité.

Car ses parents lui ont transmis ce qu’aucune université n’aurait pu lui enseigner : le sens du travail, la responsabilité, la fidélité à la parole donnée, l’importance de la famille et cette volonté de traverser les difficultés sans jamais perdre sa dignité.

« Chez moi, on déteste l’injustice », dit-elle.

La phrase pourrait presque suffire à expliquer le reste.

Avant de connaître les articles de loi, elle connaissait déjà ce sentiment instinctif face à ce qui est injuste. Avant d’apprendre à défendre juridiquement, elle avait appris à ne pas détourner le regard.

De là est née sa vocation : devenir avocate pour que ne pas connaître ses droits ne signifie jamais ne pas en avoir.

Le Maroc occupe une place particulière dans cette construction.

Sabah Bougataya revendique profondément ses racines dans l’Oriental marocain et la culture dans laquelle elle a été élevée. La langue arabe, qu’elle parle et lit, les liens familiaux, le respect porté aux parents et aux anciens, la solidarité et l’hospitalité ont façonné une partie de celle qu’elle est devenue.

Elle ne parle d’ailleurs pas de ses origines marocaines comme d’un élément extérieur à son identité.

Elles sont son identité.

Le Maroc est le pays de ses parents, de son histoire familiale, des récits qui ont précédé sa naissance et des valeurs avec lesquelles elle a grandi. Cet attachement n’a rien de folklorique ou de circonstanciel. Il se retrouve jusque dans sa manière d’appréhender son métier.

Sa maîtrise de la langue arabe et sa connaissance de la culture marocaine constituent aujourd’hui une véritable richesse professionnelle. Elles lui permettent notamment d’accompagner des familles franco-marocaines dans des situations où se croisent des réalités familiales et juridiques propres aux deux pays.

Cette proximité culturelle lui permet d’instaurer une relation de confiance particulière avec ceux qu’elle accompagne et de saisir pleinement les enjeux humains qui peuvent se cacher derrière une procédure.

Rien n’était pourtant écrit d’avance.

Sabah Bougataya effectue sa scolarité en région parisienne, dans un lycée classé en zone d’éducation prioritaire. Au moment du baccalauréat, son professeur principal décèle en elle des capacités qu’elle-même ne mesure peut-être pas encore pleinement.

Il l’encourage à s’inscrire à l’Université Paris-Nanterre et à choisir le droit.

Elle suivra ce conseil.

Quelques années plus tard, elle réussit l’examen d’accès au CRFPA avant de poursuivre sa formation d’avocate à Paris, notamment à la Sorbonne.

Lorsqu’elle prête serment en janvier 2023, la robe qu’elle porte raconte ainsi davantage qu’un parcours universitaire.

Elle raconte aussi le chemin d’une famille.

Celui de parents qui n’ont jamais connu les bancs de l’école et dont la fille aînée est devenue avocate.

En mai 2024, elle fait un nouveau choix : celui de s’installer à son compte. Là encore, elle préfère construire par elle-même.

Sabah Bougataya exerce principalement en droit des personnes, un choix qui n’est probablement pas anodin.

Elle intervient là où le droit touche à ce que les individus ont de plus intime : leur couple, leurs enfants, leur famille, leur sécurité et parfois leur reconstruction.

Son engagement dans la défense des femmes et des enfants victimes de violences conjugales occupe à ce titre une place particulière.

Derrière les procédures, elle retrouve une conviction beaucoup plus ancienne : une personne ne devrait jamais être privée de sa dignité parce qu’elle se trouve en situation de faiblesse.

À l’heure où elle réfléchit aux prochaines années de sa carrière, Sabah Bougataya regarde naturellement vers le Maroc.

Pas pour renouer avec ses racines : elle ne les a jamais quittées.

Son ambition est désormais d’y développer une partie de son activité et de créer des passerelles professionnelles entre les compétences qu’elle a acquises et un pays auquel elle est profondément attachée.

Elle souhaite y entreprendre, y développer de nouveaux projets et mettre son expérience au service de problématiques qui concernent notamment les Marocains ayant des intérêts, une famille ou une vie construite entre plusieurs pays.

Mais derrière le projet professionnel existe quelque chose de plus personnel : la volonté de construire aussi sur la terre de ses parents.

Comme si, après avoir reçu une histoire, une langue, une culture et des valeurs, venait naturellement le temps d’y apporter quelque chose à son tour.

Sabah Bougataya ne présente pas encore son parcours comme une réussite achevée. À moins de trente ans, elle préfère parler de commencement. Elle a encore beaucoup à construire et le sait.

Mais elle sait aussi d’où elle vient.

Et peut-être est-ce précisément ce qui lui permet de savoir où elle veut aller.